Chroniques,  Littérature jeunesse

Tu es belle Apolline

Tu es belle Apolline

M'appelle pas Apocalypse !

Les filles de ma classe rêvent de vivre dans une grande villa et de posséder un dressing rempli de robes de créateurs et d’escarpins vertigineux, de connaître les feux de la rampe, le succès, le Champagne et les paillettes. Ou plus modestement, de séduire Arnaud, le beau gosse de la classe. En ce qui me concerne, j’habite dans une demeure de luxe, ma mère mannequin nous l’a offerte. (…) Grattez un peu, et le rêve se change en cauchemar. Une guerre perpétuelle contre les calories. Ma silhouette fil-de-fer entretenue avec une obsession malsaine. Quant à ma mère, la célèbre Ornella Romanovska, elle juge plus important de se consacrer à ses défilés, shootings et soirées privées qu’à moi, sa fille. Sans oublier ce manque terrible qui m’habite quand je songe à mon père, un inconnu dont ma génitrice refuse de parler. Alors, si vous me dites tu es belle Apolline, j’aurai du mal à vous croire.

Chronique littéraire

Editions du Chat noir

Marianne Stern

J'ai adoré

« J'ai pris allemand parce que c'est la belle langue du Reich, mademoiselle. »

Lorsque j’ai commencé ce roman, je ne m’attendais pas à une telle claque. Je n’ai pas vraiment l’habitude de lire des livres jeunesses car je ne me reconnais plus dans la période de vie des héros. Non je ne suis pas vieille. Mais avec Tu es belle Apolline, j’avoue qu’il se pourrait que je revois un peu mes critères de lecture ! Ce roman traite d’un sujet fort et difficile à vivre au quotidien : l’anorexie et la mutilation. Sous son aspect roman jeunesse, on comprends bien vite qu’on va avoir affaire à quelque chose de poignant ! Et pour tout vous avouer, ce roman m’a un peu chamboulée.

Apolline est une adolescente de 18 ans. Elle vit avec sa jeune mère top model et un gros point d’interrogation quant à l’identité de son géniteur. Elle est fan de la culture allemande, s’habille en treillis militaire et grosse chaîne, écoute du Marilyn Manson à fond dans sa chambre, a peu d’amis et s’amuse à envoyer des vannes bien placées à ses camarades de classe. Elle aime provoquer et ose parler du Reich comme si elle parlait de tout et de rien. Elle sèche la majorité de ses cours et en a rien à foutre de… à peu près tout ! En gros, Apolline c’est une rebelle. Mais s’il y a bien une chose à laquelle elle fait attention ce sont les calories. Ses camarades la harcèle à coup de « Apo le squelette » mais elle s’en fiche. Pour elle, la silhouette parfaite ce n’est surement pas avoir un peu de gras sur les hanches. Alors après un bout de pizza un peu trop gras, elle se fait vomir. Et quand Apolline a l’impression de toucher le fond, elle utilise son vieil ami le couteau et se mutile l’avant-bras pour se soulager d’un mal intérieur.

« Je glisse le tranchant de la lame sur l'avant-bras. Une caresse froide, un baiser glacé. La colère, la haine, l'insensibilité, le désarroi, amalgame d'horribles émotions tapies en moi, qui me possèdent et me rendent dingue. Je pourrais d'ailleurs en rajouter une flopée d'autres pour allonger la liste. L'angoisse, la peur, le dégoût. J'ai besoin d'évacuer, elles m'étouffent, je dérape. Un geste intime que j'exécute ici, une broutille que cette lame qui file sur ma peau et pourtant, un geste salvateur. Mon exutoire. (...)
À présent, j'exerce une légère pression en poursuivant le mouvement. J'ai l'habitude, je me voue à cette pratique depuis longtemps déjà, quand je me sens au bord de l'explosion. Le métal acéré balafre mon avant-bras d'une aisance déconcertante. Une coupure propre et sans bavure au milieu de mes tatouages factices. (...)
À travers ces mutilations que je m'inflige, je peux enfin respirer à nouveau. Le mal s'évade de mon corps, ce bouilli infâme d'émotions, l'âme du monstre. »

Au début de ma lecture, j’ai eu beaucoup de mal avec le personnage d’Apolline. Je la trouvait méchante, sans scrupule et borderline. Et c’est là toute la puissance du récit de l’autrice à mon goût car que je le veuille ou non, je dois bien avouer que je me suis attachée à cette Apo ! Au fur et à mesure de l’histoire, on comprends mieux ses décisions, son ras le bol général et surtout le fait qu’elle soit malade. Je me suis attachée à cette Apo totalement perdue, qui ne comprends justement pas qu’elle est malade, qui ne veut pas en entendre parler et qui ne souhaite qu’une chose : connaitre l’identité de son père. Sa mère refuse catégoriquement de lui en parler et prive Apolline d’un second parent alors qu’elle n’est elle-même pas une grande figure maternelle. Sa mère passe son temps sur les défilés de mode ou à poser pour des magazines photos. Elle n’est donc pas souvent à la maison et laisse sa fille se gérer seule presque tous les soirs. 

Ce qu’elle ressent dans ses moments de détresse, sa vision de son corps jamais assez mince, jamais assez parfait, le besoin viscéral de se mutiler pour aller mieux… c’est un sujet qui m’a vraiment touchée. Ça m’a fait prendre conscience du fait que tant que la personne rongée par ce mal n’a pas de déclic et une réelle volonté de se sortir de ce cercle infernal, en tant que proche on ne peut absolument rien faire si ce n’est être un soutien sans faille. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé le personnage de Willy son ami qui ne la juge pas et tente de l’aider du mieux qu’il peut malgré qu’Apolline ne soit pas tendre avec lui. Quant aux autres personnages de son lycée, ils sont tout simplement abominables. J’ai du mal à comprendre qu’on puisse être aussi méchant et sans coeur.  

Je vous le conseille vivement. C’est un beau roman avec sa touche d’espoir. Et si tu te sens un peu concerné, n’hésite pas à en parler à un professionnel de santé qui saura t’aider.

En bref...

Une petite pépite de roman jeunesse ! On y traite de sujets difficiles tels que l’anorexie et la mutilation. Apolline est une rebelle malade, sans repères et livrer à elle-même. Même si elle a le don de nous énerver au début, on s’y attache forcément. Un beau récit livré par une autrice que je ne connaissais pas. À lire d’urgence !

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